La Tour

"L'Âme des choses, le reflet des temps” François Mitterrand. (Livre d'Or de Violet. Trefusis)

La Tour n’a pas toujours été cette demeure quasi aristocratique, cette construction dominante qui en fait un lieu à la fois intimidant et intrigant dans notre village si simple et si rustre.

Elle ne fut pas une habitation mais plutôt une défense et subit au cours des siècles des transformations continuelles.
La France connait au XIII° et XVI° siècles la multiplication des Maisons-fortes. Ces aires constituées de bâtiments, de logis et de tourelles de vigie sont entourées d’une enceinte. Elles sont souvent liées à la présence d’une église. Ici, à St Loup la maison forte, fait partie du prieuré bénédictin. Elle se compose au nord d’une tour reliée à des vestiges de porte d’entrée et à l’est et au sud, des vestiges de pièces et d’un enclos fortifié, liés très certainement à la zone claustrale.
La tour, connue sous le nom de Tour de la Haute Maison a été datée du XIII° (Roblot-Delondre) et dans ses parties basses du XII°(Seydoux) Elle a subi de nombreuses transformations en particulier sous la Renaissance  (corniche et toiture) Elle fut transformée au XVII° en « haute maison », presque carrée (9m sur 10m), genre de « folie » et on y aurait ajouté à ce moment la petite tourelle à l’extrémité de la porte d’entrée. Dans le très beau cadastre de 1812 de la commune, il y avait une rue qui remontait vers le nord de l’église, du prieuré à la tour, et une autre structure à l’ouest avec porte d’entrée, donnant sur la grande cour de la ferme. La tour se trouve donc à la jonction de la ferme et de l’enclos. Comme il n’existe plus d’archives concernant l’abbaye, seules des fouilles archéologiques pourraient nous livrer les dispositions réelles et les fonctions de tous ces bâtiments.
Plus bas, dans la pente de la butte au sud-est de l’enclos fortifié, se trouve le « logis » Une pièce avec cheminée écroulée et fenêtres avec bancs que Roblot-Delondre qualifiait de cuisine des moines, mais qui par le style de l’architecture, est plutôt  une grande salle. Adjacente, une autre salle, est qualifiée par R.D. de « grange-aux-dîmes » nom qui lui est restée jusqu’à présent mais qui ne correspond aucunement à ce  genre de fonction. Sa construction, ses éléments architecturaux laissent à penser plutôt à un cellier (relations avec l’extérieur, double accès, large porte de stockage, qualité très frustre de la construction) L’intérêt de ce cellier réside surtout dans le décor des trois chapiteaux  qui reprennent palmettes et acanthes qu’on retrouve dans  certains chapiteaux de l’ouest de l’église. Un quatrième chapiteau a été réemployé comme base ; Ces éléments nous laissent à penser qu’ils ont servis,  dans le cellier,  hors de leur contexte original.
L’enclos situé à l’est de la maison forte est composé d’une haute muraille ponctuée à intervalles irréguliers par des contreforts. La situation topographique de Saint-Loup-de Naud, sur une forte saillie doit avoir nécessité la construction de terrassements dès le début de l’occupation du site, à l’est de l’église et sur le flanc sud du village. Il est difficile de dater ces murs, mais il se pourrait bien qu’ils puissent remonter à la période  de la Guerre de Cent Ans, période de soulèvements et de pillages.
L’histoire de la Tour ne commence vraiment qu’avec le XV° siècle où l’on possède toute la chronologie des seigneurs propriétaires du fief de la Haute Maison. Vont se succéder : de Magny premier seigneur de la Haute-Maison, Jeanne de Fretrel, fille d’un gendarme du roi, voyer à Provins, qui épousa un de Saint-Phal. Cette famille va acquérir la seigneurie de Courton en 1540 et les de Saint Phal vont se succéder jusqu’en 1757. À partir de cette date, la fortune de la famille s’amoindrit, ils vendent leur fief de Lourps ; en 1623, ils avaient déjà dû vendre une partie des terres à Nicolas de Vitry-l’Hôpital, maréchal de France, seigneur de Plessis-Tournelles. Au XVIII° siècle la baronnie fut achetée par le cardinal de Fleury, ministre de Louis XV qui exploita la ferme de la Grand’Cour dans la commune de la Chapelle Saint Sulpice. Ce dernier domaine fut racheté en 1789 par Louis  Delondre. Son arrière-petit-fils, Paul Delondre acquit en 1873 du marquis Fera de Saint Phal, la tour de Saint Loup, les terres qui en dépendaient encore, le prieuré et le moulin des Glatignys, reconstituant ainsi un peu du fief de la Haute Maison . Paul Delondre à moitié ruiné vendit une partie de ses biens immobiliers et des terres, aux Établissements «  Glaces de Boussois » quand ils vinrent du Nord, exploiter le gisement d’argile. Puis il vendit la Tour à  Violet Trefusis, à travers le don que lui en  fit Winaretta de Polignac, mécène des Arts,  son amie. La tour devint la propriété de John Phillips, à la mort de Violet qui la revendit à Monsieur de Couelle architecte, lequel la revendit à Monsieur Thierry de Beaucé . qui la  vendit à Monsieur  Denys Laroche,, l’actuel propriétaire.
En fait, la Tour ne fut vraiment habitée en tant que logis que depuis le début du XX° siècle. Au XVII° et XVIII° siècles, elle servit uniquement de relais de chasse. Au temps des moines, elle ne devait certainement pas être une demeure mais seulement une  tour de défense, le logement du prieur ou du seigneur se faisant plutôt plus près des bâtiments conventuels,  non loin de ce que nous avons appelé le « logis »,  qui pourrait bien être le premier étage d’autres constructions,  qui existeraient dans le soubassement.
Mais c’est une autre histoire, qui  pourrait bien se trouver dessous ….Et là, il faudrait en appeler aux archéologues fouilleurs !

(Sources : Clark Maines et Sheila  Bond  Professeurs d’Histoire de l’Art Université de Wesleyan USA /  « Saint Loup de Naud : le prieuré, la maison forte et le village fortifié » Étude parue dans le Bulletin Monumental de la Société d’Archéologie des Monuments Français Tome 152-III année 1994


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Légende:
Z       église
P       habitation conventuelle
T       tour
C       cellier
S        salle logis
a,b,c, bâtiments préalables
p        puits
t         tourelle
e        enclos fortifié
f         ancien cimetière fortifié